LA CHIRURGIE
LA RECONSTRUCTION SQUELETTIQUE
LES
GREFFES OSSEUSES :
Le comblement d'une cavité tumorale après curetage
ou résection n'interrompant pas la continuité
squelettique, peut être réalisé
- à l'aide de greffon prélevé sur le malade lui-même
(autogreffe spongieuse ou corticospongieuse prise
dans la crête iliaque, ou les grosses épiphyses
du genou,
- autogreffe corticale prélevée sur le péroné
ou sur la crête tibiale antérieure),
- à
l'aide de greffe prélevée sur un donneur d'organes
(allogreffe de banque),
- ou réalisé à l'aide de matériaux divers (plâtre,
ciment acrylique, corail, céramique, cristaux
d'hyodroxyapathite).
Après résection osseuse, interrompant la continuité osseuse, la
reconstruction n'est pas toujours indispensable (côte, péroné,
clavicule, aile iliaque, pourtour obturateur). Cependant, dans
90 % des cas, une reconstruction osseuse est nécessaire par prothèses
massives, greffes massives, ou combinaison des deux.
La
reconstruction par greffon massif peut utiliser une autogreffe
libre (hémi-tibia, roitule ou hémi-fémur) ou vasculaire (péroné
microvascularisé, crête iliaque vascularisée). ou recourir aux
allogreffes de banque. Le greffon peut être purement osseux (reconstruction
diaphysaire ou résection arthrodèse avec greffe intercalée) ou
être ostéocartilagineux (hémi-arthroplastie ou arthroplastie complète).
La
reconstruction par autogreffe donne la réhabitation la plus
rapide et évite le risque de rejet ; en cas de greffon massif
microvascularisé, la consolidation est en plus rapide et résiste
parfaitement aux chimothérapies adjuvantes éventuellement nécessaires.
Cette technique est cependant limitée par le volume total du capital
osseux prélevable du malade, et les complications propres à chaque
technique de prélèvement.
Les allogreffes massives cryoconservées permettent de ne pas
diminuer le capital osseux du malade. Dans notre expérience, la
cryoconservation diminue considérablement le risque de rejet immunologique
malgré l'absence de respect des compatibilités HLA, tandis que
l'irradiation pré-opératoire systématique de l'allogreffe par
rayons Beta, élimine le risque de comtamination bactérienne ou
virale (hépatite ou rétrovirus). Permettant une réinsertion musculaire
fiable et efficace, l'allogreffe améliore le résultat fonctionnel.
Elle a pour inconvénients principaux, la difficulté de trouver
une allogreffe à la taille exacte du malade, la fréquence des
complications articulaires (luxation progressive, chondrite secondaire,
fracture épiphysaire), et des fractures secondaires, du retard
de consolidation et des pseudarthroses, surtout lorsqu'une chimiothérapie
lourde est nécessaire.
Les
prothèses massives
Après résection épiphyso-métaphysaire, la reconstruction par prothèse
massive constitue une solution brillante à court et moyen terme.
Autrefois, réalisée en acier, stellite ou chrome cobalt, ces prothèses
sont maintenant réalisées en titane, métal 2 fois plus
léger, et 2 fois plus élastique que l'acier. Réalisées sur machine
à commande numérique, après conception assistée sur ordinateur,
utilisant les données de l'analyse digitalisée des coupes tomodensitométriques
de l'os à remplacer, ces prothèses peuvent être fabriquées en
moins d'une semaine.
L'emploi de prothèses massives résoud le problème articulaire,
et permet l'appui immédiat, sans risque de complication mécanique
précoce.
Cependant, l'impossibilité de toute réinsertion musculaire ou
tendineuse sur la prothèse diminue d'autant le résultat fonctionnel,
et la fréquence des ennuis mécaniques tardifs (fracture de l'implant,
résorption osseuse de l'os porteur, descellement de la prothèse)
augmente avec la durée de la survie.
L'association de prothèse en titane enrobée
d'une allogreffe massive
nous parait le mieux répondre aux exigences du traitement des
sarcomes osseux. La prothèse assure la solidité mécanique immédiate
autorisant l'appui immédiat. L'allogreffe améliore le résultat
fonctionnel et permet une bien meilleure transmission des efforts
mécaniques sur la diaphyse osseuse restante, diminuant ainsi d'autant
la résorption osseuse et les descellements futurs.
Les
différentes localisations tumorales posent des problèmes de reconstruction
particuliers.
LES
RECONSTRUCTIONS FEMORALES :
le fémur représente la localisation la plus fréquente.
-
L'Atteinte fémorale supérieure
représente la topographie effective du sarcome
d'Ewing et des chondrosarcomes.
La reconstruction par allogreffe-prothèse diminue
le risque de luxation postopératoire, permet
l'appui immédiat et, en cas de conservation
des muscles fessiers, assure un résultat fonctionnel
excellent.
-
L'atteinte
fémorale diaphysaire
est
plus rare, et se répartit également entre ostéosarcomes
et sarcomes d'Ewing.
Chez l'enfant jeune, lorsque la résection peut
épargner les cartilages de croissance, la reconstruction
par allogreffe diaphysaire est préférable, d'autant
qu'à cet âge la consolidation osseuse est rapide.
Chez le grand adolescent traité par chimiothérapie,
la reconstruction par prothèse fémorale supérieure-allogreffe
intercalée est préférable car elle permet l'appui
immédiat.
-
L'atteinte
fémorale inférieure
représente la localisation habituelle de
l'ostéosarcome et impose la suppresion du cartilage
de croissance principal du membre.
L'adolescent et l'adulte jeune bénéficient d'une
reconstruction par prothèse-allogreffe.
L'enfant jeune au potentiel de croissance fémorale
de plus de 3 cm, représente l'indication élective
de notre prothèse de croissance, qui évite l'inégalité
en fin de croissance sans toucher au membre
inférieur sain.
-
La
reconstruction fémorale totale
est
rarement nécessaire.
L'association de prothèses supérieure et inférieure
emboitées dans une allogreffe diaphysaire, assure
le meilleur résultat fonctionnel et évite la
fracture de l'implant.
LES
RECONSTRUCTIONS TIBIALES
- L'atteinte
épiphysométaphysaire
du tibia supérieur se rencontre surtout en cas
d'ostéosarcome.
La reconstruction prothétique est nécessaire
mais pose le problème du respect du cartliage
de croissance du fémur inférieur, de la reconstruction
de l'appareil extenseur et de la protection
cutanée.
Chez l'adolescent et l'adulte jeune, le problème
essentiel est celui de la reconstruction de
l'appareil extenseur, au mieux résolu par l'utilisation
d'une prothèse enrobée d'une allogreffe ostéotendineuse
comportant le tibia avec son tendon rotulien
et la pointe de la rotule du donneur. Un tel
montage composite permet la mobilisation immédiate,
et assure une mobilité articulaire satisfaisante
active et passive.
Chez l'enfant jeune, il faut en plus respecter
le cartilage de croissance fémoral inférieur.
Nous avons abandonné la reconstruction par allogreffe
ostéocartilagineuse tibiale isolée, menacée
de luxation progressive, de fracture articulaire,
et de chondrite, pour recourir à une prothèse
titane allogreffe semi-contrainte avec petite
queue fémorale non scellée respectant le cartilage
fémoral inférieur.
- La
reconstruction de la diaphyse tibiale
doit être adaptée à la possibilité de conserver
les cartilages de croissance du tibia.
Lorsque les cartilages de croissance peuvent
être respectés et qu'il s'agit d'un enfant jeune,
la reconstruction par allogreffe diaphysaire
intercalée constitue une solution intéressante
malgré la longue période de non apui nécessaire.
Lorsque le cartilage de croissance doit être
sacrifié, la reconstruction par prothèse tibiale
allogreffe s'impose ; la réinsertion de la tubérosité
tibiale du malade sur l'allogreffe est habituellement
facile.
- La
reconstruction de l'extrémité inférieure
du tibia est difficile et peut recourir à l'arthrodèse
ou à la prothèse.
L'arthrodèse par allogreffe constitue une solution
intéressante chez l'enfant jeune, où la consolidation
est obtenue habituellement sans problème.
Chez l'adulte, ou lorsqu'une radiothérapie est
indispensable, il est plus prudent de recourir
à une association de prothèse de cheville-allogreffe.
LES
RECONSTRUCTIONS HUMERALES
- L'extrémité
supérieure
de l'humérus et souvent atteinte par l'ostéosarcome.
La reconstruction par prothèse allogreffe nous
parait la mailleure solution. Lorsque la coiffe
des rotateurs et la capsule articulaire peuvent
être conservées, une prothèse humérale pure
est suffisante.
Lorsque la résection doit emporter tous les
moyens de contention active et passive de l'épaule,
une prothèse totale avec pièce scapulaire, et
prothèses de tendons de coiffe ou allogreffe
humérale avec glène et manchon capsuloligamentaire,
est nécessaire pour éviter la luxation postopératoire
progressive de l'implant.
- La
reconstruction de la diaphyse humérale
peut facilement être protégée des contraintes
mécaniques.
Pour cette raison, la reconstruction par allogreffe
intercalée constitue souvent une solution efficace.
En cas d'échec, une reconstruction par prothèse
d'épaule-allogreffe intercalée permet l'usage
libre immédiat du membre.
- L'extrémité
inférieure
de l'humérus est plus rarement atteinte. La
reconstruction par allogreffe se heurte à la
difficulté de trouver en temps utile un coude
de taille adéquate. Pour cette raison, nous
préférons la reconstruction par prothèse.
- La
reconstruction humérale totale
peut être réalisée par une allogreffe humérale
totale ou par une association double prothèse-allogreffe.
La solution composite biprothétique, qui évite
les fractures épiphysaires et peut être réalisée
sur mesures, nous parait préférable chez l'enfant.
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