|
|
 |
 |
L'OSTÉOSARCOME
STRATÉGIE THÉRAPEUTIQUE
L'ostéosarcome
constitue une maladie pulmonaire à point de départ osseux
(Meari).
La cible thérapeutique prioritaire est la maladie pulmonaire,
l'arme principale la chimiothérapie,
et le stade occulte de diffusion le stade électif d'efficacité
maximale.
L'efficacité
des polychimiothérapies, la précision des bilans radiologiques
d'extension locale, et l'audace des chirurgiens permettent
maintenant de conserver un membre utile efficace à la quasi-totalité
des malades vus dans de bonnes conditions.
Le traitement du primitif doit viser
non seulement à conserver le membre mais aussi à guider
la chimiothérapie.
DROGUES
ACTIVES EN MONOTHERAPIE :
Les
drogues actives en monothérapie ont été déterminées en étudiant
l'évolution des métastases pulmonaires, et plus récemment
le primitif lui-même (chimiothérapie néoadjuvante). Il s'agit
avant tout du Méthotréxate, de l'Adriamycine, du Cisplatinium,
de l'Ifosfamide. L'Actinomycine D, la Vincristine, la Mitomycine
C, l'Endoxan et l'Etoposide, constituent des produits moins
efficaces (tableau V).
Nous
insisterons plus particulièrement sur 4 drogues qui représentent
actuellement, les produits les plus efficaces : le Méthotréxate,
l'Adriamycine, le Cyclophosphamide (et l'Ifosfamide), enfin
le Cisplatinium.
L'efficacité
du méthotréxate a été pour la première fois signalée par
Friedman ( ), qui rapportait 40 % de réponse objective.
Jaffe ( ) dans une étude plus détaillée montrait que l'administration
répétée toutes les semaines, permettait d'obtenir un taux
de réponse plus élevée qu'une administration unique toutes
les 3 semaines (87 % versus 28 %). La série de l'Institut
Rizzoli prouve que l'administration de 7,5 gr/m² de Méthotréxate
donne des résultats supérieurs à ceux de l'administration
de 750 mg/m² ( ).
L'Adriamycine
reste l'un des piliers du traitement. Le taux de réponse
objective varie selon les auteurs de 40 à 50 % (4,5). Sa
cardiotoxicité doit être cependant soulignée surtout chez
l'enfant, exposé à des défaillances cardiaques secondaires,
voire même tardives. Pour cette raison, il faut lui préférer
systématiquement les nouvelles Adriamycine (THP Adriamycine
ou épirubicine ou Farmorubicine), qui sont aussi efficaces
mais moins cardiotoxiques aux doses utilisées.
La
Cyclophosphamide à forte dose s'est révélée modérément active.
L'Ifosfamide l'est davantage, et représente actuellement
un des piliers du traitement, d'autant qu'il est possible
de l'administrer à très forte dose (14 à 18 gr/m²) grâce
aux facteurs de croissance hématopoiétiques.
Enfin,
le Cisplatinium s'est révélé très efficace avec des taux
de réponse objective, compris selon les études entre 30
et 50 %. L'administration intra-artérielle hebdomadaire
parait augmenter le taux de réponse jusqu'à 80 %.
TABLEAU
V : DROGUES ACTIVES DANS L'OSTEOSARCOME
|
DROGUE
|
TAUX
DE REPONSES
OBJECTIVES
|
ABREVIATION
|
METHOTREXATE
- à doses conventionnelles |
15
à 40 % |
MTX
|
| -
à haute dose / 3 semaines |
42
%
|
|
| -
à haute dose hebdomadaire |
80
à 87 %
|
HDMTX
|
| ADRIAMYCINE |
35
à 44 %
|
ADR
|
| CISPLATINIUM |
33
à 50 %
|
CDDP |
| IFOSFAMIDE
|
33
à 60 %
|
IFX
|
| CYCLOPHOSPHAMIDE |
15
à 20 % |
CPX
|
| ETOPOSIDE |
15
à 20 %
|
VP
16
|
| DETICENE |
14
%
|
DTIC
|
| DACTINOMYCINE |
15
%
|
ACT
D
|
|
VINCRISTINE |
7 % |
VCR |
Les
polychimiothérapies :
L'absence
d'amélioration du taux de survie en rémission par monothérapie
a incité tous les auteurs à utiliser des polychimiothérapies
associant les drogues les plus actives.
Cette chimiothérapie peut être commencée après le traitement
du primitif (chimiothérapie adjuvante) ou d'emblée en préopératoire
(chimiothérapie néoadjuvante).
TABLEAU
VI : RESULTATS DES TRAITEMENTS ADJUVANTS
|
NOMBRE
DE DROGUES
|
ASSOCIATION
|
TAUX
DE SURVIE EN REMISSION
|
ABREVIATION
|
|
1
|
ADR
|
39
%
|
CAL6B
|
|
2
|
HDMTX
+ VCR
HDMTX + ADR
ADR + VCR
ADR + CDDP |
38
à 42 %
50 à 59 %
60 %
64 à 70 %
|
DFCI
DFCI
DFCI
Raswell Park
|
|
3 |
HDMTX
+ ADR + VCR
HDMTX + ADR + CPX
|
38
%
50 %
|
CCSG
St Judes
|
|
4
ou plus |
COMPADRI
(CPS + MTX + VCR + ADR + PAM)
HDMTX + ADR + CDDP + BCD
HDMTX + ADR + VCR + CPX (T4-T7)
|
35 à 49 %
64 %
48 %
|
SWOG
MIOS MSKCC
|
|
Associé
à la Radiothérapie pulmonaire
|
HDMTX
+ ADR + BCD + VCR + IA ADR + RTH
MTX + ADR + VCR + CPX + RTH
RTH 20 grays
RTH + ACT
|
59 %
65 %
28 %
40 %
|
UCLA
GETO
EORTC
Mayo Clinic
|
Les
polychimiothérapies adjuvantes :
Les premières associations essayées ont été le Vadic (Vincristine
+ Adriamycine + déticène), puis le Cyvadic (Cyclophosphamide,
Vincristine + Adriamycine + Déticène), les Compadri (Cyclophosphamide,
Vincristine, Adriamycine, Melfalan), mais les associations
qui recueillent actuellement le plus de partisans, sont
celles utilisant le méthotréxate haute dose, le Cisplatinium,
l'Adriamycine et l'Holoxan. L'association Cisplatinium,
Adriamycine postopératoire a été proposée par Ettinger,
(8) qui rapporte un taux de rémission complète supérieur
à 70 % à 3 ans.
Chimothérapie
néoadjuvante :
Afin d'utiliser la tumeur primitive comme antimitogramme
in vivo, pemettant de guider le traitement, Rosen, en 1982,
propose une association pré-opératoire de Méthotréxate Haute
Dose. La chimiothérapie postopératoire est adaptée à la
réponse histologique observée sur la pièce de résection
; les bons répondeurs reçoivent une association de Méthotréxate,
Adriamycine, Vincristine et Déticène ; les mauvais répondeurs
reçoivent en plus du Cisplatinium. Dans cette série, 50
% des malades étaient de bons répondeurs ; ces malades avaient
plus de 90 % de chances de guérir ; les mauvais répondeurs
recevaient une association Adriamycine, Cisplatinium, et
60 % d'entre eux restaient en première rémission complète.
Au total, dans la série de Rosen, 80 % des malades survivaient
à 5 ans ; ces résultats ont été confirmés en 1992 par MEYER
(16).
Les
excellents résultats de Rosen ont incité de nombreuses équipes
à tenter de reproduire son schéma mais avec quelques variantes.
Ainsi, la Société Française d'Oncologie Pédiatrique, à la
suite de Bruna Mentigni du Centre Anti-Cancéreux de Lyon
et Lemerle de l'Institut Gustave Roussy. Leur traitement
comportait du Méthotréxate pré-opératoire à haute dose (8
gr/m² chez l'adolescent et 12 gr/m² chez l'enfant jeune),
associé à l'Adriamycine pendant une durée de 2 mois et demi
avant l'intervention, puis une chimiothérapie postopératoire
adaptée à la réponse comme dans le schéma de Rosen. Les
résultats de ces essais publiés en 1989 dans le Bulletin
du Cancer (3,14) sont décevants : moins de 60 % des malades
restent en rémission 5 ans, et les mauvais répondeurs ne
sont pas rattrapés par la chimiothérapie postopératoire.
La
difficulté de rattraper les mauvais répondeurs en changeant
la chimiothérapie postopératoire, a été également soulignée
par les essais Coss 80 et Coss 86 et par les séries de l'Institut
Rizzoli. Dans l'essai de Campanacci de Bologne, 10 % seulement
des mauvais répondeurs survivent. Dans l'essai austro-allemand,
les mauvais répondeurs à la chimiothérapie partagent un
pronostic médiocre malgré l'introduction de drogues jusqu'alors
non utilisées. Ces différentes études montrent qu'il ne
sert à rien de vouloir garder une drogue efficace pour le
rattrapage éventuel des mauvais répondeurs. Elles confirment
le danger d'un traitement pré-opératoire trop long chez
les malades insuffisamment répondeurs, et le rôle essentiel
du méthotréxate haute dose dans la guérison.
De
1985 à 1986, nous avons voulu reproduire les résultats de
Rosen en conservant bien les deux points qui nous paraissent
essentiels dans son raisonnement : la courte durée de la
chimiothérapie pré-opératoire (un mois) et l'adaptation
immédiate pré-opératoire de la dose de Méthotréxate à la
réponse tumorale observée. Sur 10 malades traités à cette
époque par ce protocole T 10 C, 8 sont toujours en rémission
avec une durée moyenne de 6 ans et demi (minimum 6 - maximum
7), confirmant ainsi très exactement les résultats de Rosen.
La longue durée des chimiothérapies pré-opératoires utilisées
par d'autres auteurs et l'absence d'adaptation des doses
de méthotréxate paraissent donc responsables des échecs
relatifs des autres équipes, et du désenchantement de certains
praticiens pour la chimiothérapie néo-adjuvante et pour
le méthotréxate.
Ne
pouvant pas rattraper les mauvais répondeurs, certains auteurs
ont essayé d'augmenter le taux de bons répondeurs, en administrant
les produits de chimiothérapie en intra-artériel, et en
les associant éventuellement à une radiothérapie locale.
Ils ont ainsi obtenu des taux de réponse du primitif, supérieurs
à ceux des chimiothérapies par voie générale mais les taux
de survie en rémission rapportés laisse craindre dans ces
cas que la réponse histologique ne soit plus un reflet fidèle
de l'efficacité générale et donc prédictive de l'évolution
ultérieure.
|
|
 |
|
|