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LE SARCOME D'EWING
STRATÉGIE THÉRAPEUTIQUE
La
survenue rapide de métastases diffuses a montré que le sarcome
d'Ewing était une maladie diffuse d'emblée et la chimiothérapie,
le traitement prioritaire.
Cependant, depuis que les chimiothérapies efficaces permettent
de prolonger la durée de survie à un nombre de plus en plus
important de malades, les insuffisances
du traitement local radiothérapique sont apparues évidentes
et leur nocivité dans le résultat global également,
incitant ainsi à réévaluer le rôle de la radiothérapie au
profit d'une attitude chirurgicale aussi systématique que
possible (mais conservatrice).
Drogues
efficaces en monothérapie
:
Le traitement des métastases pulmonaires a permis de sélectionner
les produits plus régulièrement efficaces en monothérapie
(tableau ) : cyclophosphamide, Ifosfamide (10,17), Adriamycine
(21), Vincristine, Fluoro-Uracile, VP 16 et Cisplatinium,
et à moindre degré Actinomycine D (tableau ).
L'emploi
préventif de monothérapies dans le cas d'Ewing non métastatique
a montré un allongement significatif des durées de rémission
et de survie mais sans amélioration notable des taux de guérison.
Ceci a conduit à l'usage de polychimiothérapies préventives.
DROGUES ACTIVES DANS LE SARCOME D'EWING
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DROGUE
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TAUX
DE REPONSES
OBJECTIVES
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ABREVIATION
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| CYCLOPHOSPHAMIDE |
48
à 61 %
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CPX
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| ADRIAMYCINE |
41
à 60 %
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ADR
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| IFOSFAMIDE
|
32
à 35 %
|
IFX
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| BCNU |
33
%
|
BCNU
|
| 5
FLUORO-URACILE |
31
%
|
5
FU
|
| VINCRISTINE |
30
%
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VCR
|
| ETOPOSIDE |
25
à 30 %
|
VP
16
|
| ACTINOMYCINE |
13
à 25 %
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ACT
D
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CISPLATINIUM |
7 %
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CDDP
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Polychimiothérapies
:
Les polychimiothérapies obtiennent des taux de survie de rémission
à 5 ans de 30 à 60 % (tableau VII) le problème étant moins
celui du choix des drogues efficaces que celui de leur association
optimale.
Les
chimiothérapies néo-adjuvantes se sont imposées dans la plupart
des protocoles. Ceux-ci prévoient donc une phase d'induction
par chimiothérapie exclusive précédant le traitement local
et suivi d'une chimiothérapie d'entretien ou de renforcement
selon la réponse. Une telle attitude permet de vérifier l'efficacité
de la chimiothérapie d'induction, facilite le traitement local
et permet de sélectionner sur des critères objectifs les patients
nécessitant un renforcement thérapeutique.
le
protocole CESS 81
rapporté par Dunst (11) comporte une chimiothérapie pré-opératoire
de 18 semaines associant la Vincristine, l'Actinomycine D,
la Cyclophosphamide et l'Adriamycine (VACA), suivi du traitement
local (chirurgical ou radiothérapique) et de 18 semaines complémentaires
de la même chimiothérapie.
Le taux actuariel de rémission complète de ses 93 malades
atteint
- 60 % à 3 ans,
- 45 % à 5 ans.
Les échecs observés proviennent essentiellement des récidives
locales des malades traités par radiothérapie exclusive
(46 % de récidive locale de 38 % de survie en rémission),
et de l'évolution défavorable des mauvais répondeurs à la
chimiothérapie initiale (survie en rémission 30 %).
les
protocoles de l'Institut Rizzoli
rapportés
en 1989 par Bacci (1) et en 1990 par Barbieri (2), soulignent
également la nécessité du traitement chirurgical, l'intérêt
de la chimiothérapie pré-opératoire et l'insuffisance de la
chimiothérapie par VAC.
La survie en rémission du meilleur des 3 protocoles ne
dépasse pas 60 % à 3 ans, incitant cet auteur à inclure
l'Holoxan, le Cisplatinium, le VP 16, dans les traitements
futurs.
l'un
des protocoles les plus efficaces
publié par Rosen ( ) et JEREB ( ), le T 11, associe 4 à 5
cycles de chimiothérapie pré-opératoire au traitement local
et à une chimiothérapie postopératoire de près d'un an.
La survie en rémission à 30 mois, atteint 75 %.
le protocole qui nous parait le plus
intéressant est celui de Hayes ( )
dont la phase initiale de chimiothérapie d'induction est remarquablement
efficace. Elle associe l'Endoxan per os (à la dose de 150
mg/m²/jour 7 jours de suite) et l'Adriamycine (35 mg/m² au
8ème jour en intraveineux), à 6 reprises espacées d'une semaine,
puis un traitement local conservateur si possible chirurgical
suivi d'une chimiothérapie de maintenance d'environ 6 mois.
Ce protocole obtient 65 % de rémission complète à 3 ans, sur
50 malades atteints de sarcome d'Ewing non métastatiques non
préalablement traités. Les échecs proviennent là aussi pour
les 3/4 des récidives locales des malades traités par radiothérapie,
alors que des 10 des 11 malades traités par chirurgie bénéficient
d'une survie en 1ère rémission.
STRATEGIE
THERAPEUTIQUE EN 1992
Notre
protocole DD2 (6)
a repris la phase initiale de chimiothérapie du protocole
Hayes, en la raccourcissant (6 semaines) et en remplaçant
l'Adriamycine par la THP Adriamycine moins cardiotoxique.
Il obtient très régulièrement une amélioration clinique radiologique,
tomodensitométrique et angiographique spectaculaire sans que
cette rémission apparente ne préjuge toujours de la réponse
histologique et donc de l'évolution ultérieure (9).
Cette phase d'induction permet une chirurgie précoce
(45ème jour) sur une tumeur des parties molles nécrosée ou
disparue et un os d'apparence quasi-normale, alors que d'autres
protocoles néo-adjuvants quadri-drogues n'obtiennent pas une
réponse aussi rapide et complète.
Le
traitement local est toujours chirurgical et conservateur.
Grâce à l'efficacité de la chimiothérapie pré-opératoire,
le temps de résection est généralement plus facile que celui
des ostésarcomes. En effet, dans la moitié des cas environ,
il n'existe plus de tumeur visible des parties molles au moment
de l'intervention, qui consiste alors à enlever uniquement
l'os initialement atteint au premier bilan radiologique (scanner
ou IRM).
Le temps de reconstruction est par contre plus difficile et
doit être beaucoup plus imaginatif que le temps de reconstruction
des ostéosarcomes. En effet, le sarcome d'Ewing se singularise
par la plus grande diversité des topographies atteintes, par
l'âge nettement plus jeune des malades, et fréquemment par
l'étendue plus considérable des tumeurs.
C'est ainsi que dans notre série de 96 sarcomes d'Ewing opérés,
nous avons dû pratiquer 6 fois l'ablation totale d'un fémur,
autant de fois l'ablation de l'os iliaque emportant le cotyle,
obligeant à recourir à des prothèses de bassin, utiliser à
maintes reprises des allogreffes pures (diaphysaires) ou des
prothèses de croissance active du fémur inférieur.
Une
chimiothérapie péri-opératoire le lendemain ou le surlendemain
de l'intervention est indispensable.
En effet, le sarcome d'Ewing est une tumeur très hétérogène
où coexistent à côté d'une population de division rapide,
des cellules vraisemblablement quiescentes, potentiellement
responsables de récidives très tardives observées dans certains
protocoles. L'ablation chirurgicale du primitif est susceptible
de les mettre en phase et de permettre à une chimiothérapie
péri-opératoire, de les erradiquer.
Cette chimiothérapie péri-opératoire comporte de l'Ifosfamide
à la dose de 1,2 gr/m²/jour pendant 5 jours en perfusion continue.
Elle est remarquablement tolérée et n'entraine aucun trouble
de cicatrisation. Jusqu'à présent, elle parait efficace, puisqu'elle
a prévenu les rechutes tardives.
La
chimiothérapie postopératoire est reprise à la 3ème semaine
de l'intervention.
Elle comporte des cycles alternés d'Adriamycine Endoxan (réinduction),
d'IPA (Ifosfamide + Platine + THP Adriamycine, cycle de renforcement),
et des séries d'association Vincristine + 5 Fluoro-uracile
+ Actinomycine D (cycle de consolidation).
Cette chimiothérapie postopératoire dure au total un an. Les
toxicités principalement observées sont neurologiques (nervite
à la Vincristine, atteinte auditive dûe au Cisplatinium) mais
aussi et surtout hématologiques en particulier après l'association
IPA suivie dans plus des 3/4 des cas d'une toxicité hématologique
de grade III ou IV.
Cette
attitude multidisciplinaire avec induction thérapeutique par
chimiothérapie pure, a transformé le pronostic des tumeurs
localement étendues ou disséminées de l'enfant en les rendant
curables dans leur très grande majorité (taux
actuariel de rémission à 5 ans de 90 %).
Cette notion avait d'ailleurs déjà été mise en évidence sur
la série du Memorial Sloan Kettering Center présentée par
Jereb (16) et soulignée plus récemment par Bacci (1), Winkelmann
(23), Jurgens (17) et Tepper (22).
Cette attitude est d'autant mieux acceptée que l'expérience
des chirurgiens permet d'éviter l'amputation à la totalité
des malades en leur gardant un membre dont la fonction est
meilleure que celle permettait d'espérer la radiothérapie,
en évitant de plus le risque de sarcome radio-induit.
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