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Il faut sauver notre système de santé



nicole delepineLa généralisation des protocoles d'essai a provoqué le rejet de traitements éprouvés. Rappel de quelques bases de bon sens pour un traitement optimal du cancer.

Chaque jour, je pourrais écrire une Vérité sur les appels au secours, les demandes d'avis et de conseils que je reçois par mails, téléphone ou en consultations. Ils se ressemblent tous et j'ai souvent envie de hurler devant la perte des bonnes pratiques médicales acquises pendant des décennies, le rejet des traitements efficaces qui ont été vilipendés et oubliés.

Envie de hurler devant des pertes de chances de guérison liées aux essais thérapeutiques imposés aux patients avant l'heure, c'est-à-dire avant que les traitements éprouvés ne soient épuisés. Ces derniers guérissaient pourtant, dans les années 2000, 55% des adultes et 85% des enfants atteints de cancers. Voici quelques bases de bon sens dans le traitement optimal des cancers qui ont été oubliées.

« Le traitement d'un cancer, c'est la chirurgie »

Rappelons ici quelques vérités sur le traitement des tumeurs solides, chez l'enfant comme chez l'adulte. Notre ami et maître Gérald Rosen, qui inventa le concept de chimiothérapie préopératoire dans les années 1970, commençait toujours ses cours par une boutade : « Le traitement d'un cancer, c'est la chirurgie, la chirurgie, la chirurgie. Mais une chimiothérapie efficace est aussi utile. » Médecin, son métier était de concevoir les meilleurs traitements possible. Il eut l'idée d'en donner avant l'acte chirurgical pour stopper la croissance de la tumeur et tester sa sensibilité particulière aux drogues administrées. Ce concept ne devait alors s'appliquer qu'aux « cancers », tumeurs à haut grade de malignité. On ne voyait jamais de tumeur « bénigne » soumise aux affres de la chimiothérapie.

Plus tard, des tumeurs bénignes curables par des techniques simples et peu dangereuses ont pourtant été intégrée dans les essais thérapeutiques. Aujourd'hui, elles se voient même traitées grâce à des « molécules innovantes », plus chères que l'or et aux effets secondaires de long terme méconnus. Quelle dérive ! Le mythe de Dieu médecin couplé au mythe du porte-monnaie ? Un « trou de la Sécu » creusé sans état d'âme et des patients traités des mois pour aucun effet, sinon la joie de « servir la science ». D'ailleurs, quand un parent demande, pour ces tumeurs bénignes, les chances de guérison spontanées ou avec l'essai, certains oncologues répondent sans sourciller « aucune ».

Exemple de dérive : l'oubli du traitement local

Pour les « vrais » cancers, la chimiothérapie préopératoire est le plus souvent remplacée par une chimiothérapie sans traitement local, une perte de chances de guérison ! Le concept de chimiothérapie préopératoire a en effet rapidement été déformé puis utilisé de manière mécanique et prolongé des mois, sans chirurgie, y compris dans des tumeurs curables avec des schémas thérapeutiques qui ont fait leurs preuves. Ces patients ne se voient pas proposer de chirurgie lorsque le PETscan - la dernière méthode d'imagerie, extrêmement coûteuse et peu fiable - montre quelques anomalies : ils sont supposés métastatiques et donc déclaré « inopérables ». En réalité, ils sont victimes d'une décision de l'équipe de chimiothérapeutes en charge du malade dans laquelle le chirurgien, devenu simple prestataire de service, n'a pas eu à donner son avis.

Les patients dits « métastatiques » sont donc exclus automatiquement du geste local chirurgical ou radiothérapeutique. Une curieuse litanie que répètent les jeunes oncologues formatés aux « protocoles » - en réalité, protocoles d'essai thérapeutique. Ils disent au patient « puisqu'on voit des métastases au PETscan, la chirurgie ne sert à rien » et ils laissent en place une masse de deux kilos que les médicaments sont dans l'impossibilité de guérir. La tumeur solide n'est pas une leucémie et, dans l'état actuel de la science, le malade n'a que très peu de chances de guérir sans traitement local - chirurgie ou radiothérapie. On l'avouera aux parents quelques mois plus tard en leur disant que, d'emblée, il n'y avait aucune chance. Oublié le devoir d'information loyale, seul garant du consentement éclairé.

L'enfermement dans le « protocole » et la perte de la liberté de soigner

Nos jeunes oncologues formatés à la pensée unique ont oublié qu'un cancer est presque toujours diffus. Ils ont oublié que la « réduction tumorale » a un sens théorique et surtout pratique et que beaucoup de patients ont pu être sauvés, ou au moins gagner quelques années de vie, grâce aux efforts de chirurgiens courageux et motivés. C'est encore mieux quand la tumeur peut être enlevée en un seul morceau, sans la couper. Mais même lorsque la localisation de la tumeur ne le permet pas (par exemple dans les tumeurs des surrénales entourant souvent les gros vaisseaux), il a été démontré que les enfants qui avaient été opérés avaient beaucoup plus de chances de guérison (1). Contrairement à ce que certains professeurs racontent, le traitement n'est pas « universel ». Dire que « tout le monde » fait pareil est un mensonge pas pieux du tout !

Comment faire pour imposer la chirurgie quand le protocole ne la prévoit que dans des circonstances très limitées ? Comment résister à la pression du groupe ? On passe ici de la médecine libre dont les décisions sont prises pour un malade donné, après une pesée du rapport bénéfices/risques et son véritable consentement, à la médecine administrée, au respect des recommandations nationales. C'est à cause de points aussi fondamentaux que le plan cancer pose des problèmes médicaux, éthiques et philosophiques et rompt avec les droits de la personne humaine.

Les schémas individualisés abandonnés

Il serait ringard de rappeler que dans les années 1970, lorsqu'on amputait un enfant atteint de cancer de l'os dans les jours qui suivaient sa découverte, les métastases pulmonaires apparaissaient rapidement dans 85% des cas et causaient la mort dans les deux ans, ce malgré une radio de poumon initiale normale. Les cellules tumorales avaient diffusé bien avant l'opération. Même si le PETscan avait à l'époque été normal (il n'est apparu que dans les années 2000), 85% des enfants décédaient de leur tumeur osseuse pourtant amputée. Ce n'est qu'après les études pilotes de Norman Jaffe et Gérald Rosen que ces enfants ont pu être majoritairement guéris - plus de 80% avec les schémas individualisés avec adaptation de doses à chaque cure.

Cette médecine de base est triviale, n'utilise pas de traitements génétiques, mais guérit des patients. Pourquoi l'abandonner ? Au fur et à mesure que les techniques de dépistage des localisations secondaires (poumons, os etc.) se sont améliorées, on a vu de plus en plus de malades « métastatiques d'emblée ». Une tendance aggravée par la peur du personnel médico-légal car, aujourd'hui, tout est signalé. Depuis que les radiologues courent le risque de se faire attaquer, ils nous signalent des petits micronodules qui ne sont souvent pas liés au cancer. Mais ils angoisseront les patients et permettront aux chimiothérapeutes de les intégrer d'emblée dans les essais.

Refusons de prendre les patients pour cobayes !

De protocole, recette de cuisine de bas ou haut niveau et adaptée à chacun, à essai thérapeutique, il y a un monde qui passe de la médecine individuelle à la médecine collective, où le malade n'est plus le centre des préoccupations. Le malade au centre est une illusion, une chimère et une manipulation. La bureaucratie politico-médicale a décidé d'entrer d'emblée le maximum de malades dans les essais et, si possible, en intégrant ces fameuses molécules dites innovantes en essai précoce.

Pour sauvegarder la liberté de soigner, le droit des patients au choix de leur médecin et de leur traitement, la possibilité pour les médecins de soigner selon Hippocrate, refusons la dictature des traitements imposés, refusons de prendre le patient pour un cobaye ! Nous devons continuer à soigner selon les « données acquises de la science », comme la jurisprudence nous y oblige. Nous ne devons plus confondre, dans le discours au patient, les « données acquises » et les « protocoles d'essai thérapeutique » dont, par définition, les résultats ne seront connus que dans dix ans.

(1) "The impact of gross total resection on local control and survival in high-risk neuroblastoma", Michaël P. La Quaglia et coll. J. pediatr Surg, 39:412-417, 2004



   


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